La presse française et Berlusconi : mauvaise foi et simplifications
La presse française nourrit en général une haine profonde pour Silvio Berlusconi. Une haine nourrie d'une bonne dose de mauvaise foi. Dernier exemple en date l'article de Marcelle Padovani publié dans le dernier numéro du Nouvel Observateur (18 septembre 2008) et titré « Berlusconi, l'Italie à sa botte ».
Dans son article Madame Padovani dénonce les « colonels d'Alleanza Nazionale [AN], le parti prétendument post-fasciste » allié de Berlusconi, coupables de vouloir réhabiliter le fascisme. Elle évite de dire que le 13 septembre, dans un discours historique, le leader d'AN et Président de la Chambre des députés, Gianfranco Fini, a invité la droite italienne à épouser "les valeurs de l'anti-fascisme". Dernier exemple en date d’un processus de modernisation de son parti, sans citer son appel récent pour le droit de vote des immigrés. Pourquoi occulter une information aussi précieuse, Madame Padovani ?
Deuxième inexactitude, l’auteure parle du « fichage des Roms, avec la prise d'empreintes digitales des mineurs » et – en citant les déclarations du commissaire pour les droits de l'homme au Conseil de l'Europe, Thomas Hammarberg, qui remontent au 20 juillet – elle conclue : « La tolérance zéro à l'italienne n'a pas forcément l'agrément de tous les Européens ». Dommage que, depuis le mois de juillet, l'Union européenne ait reconnu, avec un communiqué du 4 septembre du commissaire Jacques Barrot, qu’il n’y avait « rien de discriminatoire » dans les mesures du gouvernement italien prise à l’encontre des nomades et non pas des roms (voir les précisions de Jacques Barrot).
Troisièmement, Berlusconi jouirait d’une « domination quasi-totale de la presse ». C’est oublier que les journaux à grand tirage, dont Madame Padovani ne cite que Repubblica, ne sont aucunement « alignés ». Allez dire à Giovanni Sartori, éminent professeur en Sciences Politique et signature de renom du Corriere della Sera qu’il est « aligné » et vous verrez !
Le professeur Sartori fait en effet partie de ceux qui, en Italie, sont reconnu pour la finesse de leur analyse – le plus souvent très critique – du gouvernement Berlusconi. C’est à cette critique – très argumentée, souvent complexe mais, ô combien, instructive – qu’il vaudrait mieux donner de la place, si on veut faire du bon journalisme. Si, au contraire, on préfère bercer ses lecteurs dans le confort des idées reçues et des simplifications sur ce que vous appellez le « régime » berlusconien, continuez comme ça Madame Padovani !
Post Scriptum. Ensuite, c'est aussi une question générationnelle. Ceux qui connaissent ce blog savent que nous, membres de l'eurogénération, grâce aux voyages, à l'Erasmus et à la mobilité, nous avons pu développer une connaissance de l'Europe qui est tout sauf "l'étranger" pour nous. Pour nous, gare aux simplifications et aux stéréotypes ! D'ailleurs, l'article en question faisait partie de la section "Monde" du Nouvel Obs. Si un pays avec lequel la France partage la même monnaie et les mêmes frontières (espace Schengen) est rangé dans la rubrique international... !!!
Post Scriptum 2. J'ai modifié les liens, ils marchent maintenant.
Commentaires
Les deux lies ne fonctionnent plus...
Même si je ne partage pas toujours les idées de l'auteur sur la situation politique en Italie, je dois effectivement reconnaître que le traitement de la politique italienne par la presse française est particulièrement à charge et partial. J'ai effectivement le sentiment d'être mal informé sur l'Italie et le Berlusconisme.
Si le mot de fasciste est sous toute les plumes, c'est plutôt mauvais signe pour le débat démocratique : qu'il décrive la réalité ou qu'il soit utilisé pour décrédibiliser l'adversaire.
Un mot sur la politique de collecte des empreintes digitales des "nomades" et sur son "approbation" par l'Union européenne : M. Barrot a peut-être estimé que c'était une mesure "non-discriminatoire" le procédé reste immonde.
Toute politique qui tend à stigmatiser un groupe de la population peut difficilement être considérée comme un progrès. Tout cela a des relents haineux, xénophobes. L'opinion de M. Barrot, dont l'héroïsme est légendaire, à l'égard du droit m'importe peu. J'ai honte pour les hommes politiques italiens qui ont conçu cette mesure immorale, injuste et inique.
La presse française - de gauche surtout - n'a jamais apprécié Berlusconi, tout comme elle est naturellement anti-sarkozyste.
Car Berlusconi renvoit aux journalistes de gauche français l'image de ce qu'ils détestent en matière de moeurs politiques : l'autoritarisme, l'anti-intellectualisme et le mépris de la démocratie.
Si on ajoute à cela l'effet "fanfaron" du "clown Berlusconi" toujours dans la caricature et la provocation, on comprend le peu d'estime qu'ils portent à un dirigeant qu'ils considèrent comme un bouffon populiste.
Après, je suis d'accord avec toi sur le fait que Padovani sert la soupe au lectorat français bien-pensant. Une façon de les rassurer en leur disant que c'est pire ailleurs, et pourtant pas si loin que ça, de l'autre côté des Alpes.
Mais toi, Adriano, que penses-tu de la politique de Berlusconi, de ses gesticulations télévisées, de ses tentatives de passer en force pour se débarrasser de ses casseroles judiciaires, de la tournure sécuritaire qu'il fait prendre à sa politique plutôt que de s'attaquer aux vrais problèmes de l'Italie ?
Chakal, je pense que justement le dernier paragraphe de ton commentaire traduit une vision parcellaire de la politique italienne... J'aurai tendance à penser comme toi, mais Berlusconi semble s'attaquer aux problèmes de l'Italie, seulement la presse française n'en rend pas compte. Par exemple : les Italiens continuent à lui faire confiance.
"De retour aux affaires depuis un peu plus de cent jours, Silvio Berlusconi profite d’un état de grâce exceptionnellement long : selon un sondage de l’institut Consortium publié le 6 septembre par le quotidien en ligne Affaritaliani.it, le président du Conseil jouit en effet de 50 % d’opinions favorables, contre moins de 30 % pour le chef de l’opposition et leader du Parti démocrate, Walter Veltroni. Dans son ensemble, la majorité de centre droit bénéficie de 52 % d’opinions favorables, contre 37,5 % à l’opposition de centre gauche."
Le problème avec Madame Padovani a acqueri une image de correspondante étrangère critique envers le pouvoir (à la manière anglo-saxon), alors qu'elle ne l'est pas, et tout ça grace au documentaire de Sabina Guzzanti, qui a pas mal des fautes et erreurs.
Grazie, Dreand, per questa notizia: non avendo visto il documentario della Guzzanti... adesso alcune cose sono più chiare. Persisto però a credere che la critica di Sabina Guzzanti è molto più precisa e meno sciatta della corrispondente del Nouvel Obs.
Adriano: Berlusconi n'a pas du tout résolu le problème des déchets à Naples. C'est une illusion orchestrée par la presse, mais si tu parles au napolitains, tu entendras que c'est loin d'être le cas.
De plus il y a aussi d'autres endroits qui sont à risque poubelle, comme Catania où personne ne ramasse plus rien.
Merci la mafia, merci Berlusconi avec ses lois "ad-personam" et qui ne résout aucun des réels problèmes de la population. Beaucoup trop de famille n'arrivent même pas à la deuxième semaine du mois.
S'ils devraient faire qqchose en Italie concernant Berlusconi, la première des choses, c'est de résoudre une bonne fois pour toute, le conflit d'intérêt et redonner de la liberté aux médias.
Mais bon, je rêve, l'Italie est en train de perdre complètement la démocratie, mais heureusement je n'y habite plus.
Honte à Berlusconi d'avoir ruiné un des plus beau pays du monde.
@ fabio. Je regrette, (il me fait ou mieux grand plaisir), te contredire, mais de Napolitain je peux te confirmer que Silvio Berlusconi a résolu, (et il est en train de travailler encore pour nous), le problème grave des déchets à Naples. S'il te fait plaire je te le dis en Napolitain: 'O Cavaliere è robba bbòna, si nunn' era pe' isso mo' stèvemo chine 'e munnezza.
Les familles n'arrivaient pas par deuxième semaine à cause des taxes de Prodi.
La liberté les médias nous l'ont, pour vendre les journaux ils inventent mille accusations contre Berlusconi.
L'Italie reste une des plus beaux pays du monde malgré les communistes... malgré Toi.
Tu complimentes à ce blog.