Arrêtons les fatwas contre le programme Erasmus
Par Adriano le vendredi, décembre 14 2007, 11:29 - Idées - Lien permanent
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La fatwa contre l'Erasmus, lancée par le journaliste de Repubblica Ilvo Damianti, est arrivée. Bénite par Eugenio Scalfari sur L’Espresso, la thèse de Diamanti blâme la “jeunesse apatride” responsable du contexte social dans lequel l’homicide de l’étudiante anglaise Meredith aurait été perpétré à Pérouse.
Pour Diamanti, "la ville de l'Ombrie serait le symbole de ces centres que les malefiques étudiants Erasmus ont défiguré, en les transformant en non-lieux "sans institutions, ni règles, ni autorité. Dans le cites universitaire les étudiants sont des personnes de passage, sans racines locales ni la perspective d’y rester pendant toute leur vie. Ils payent des loyers très élévés pour partager un appartement avec des autres étudiants. Ils ne peuvent pas se sentir comme chez eux…"
Est-ce que Diamanti sait combien d’étudiants, après l’Erasmus, retournent dans le pays dans lequel ils ont passé l’année la plus belle de leur vie, ils y travaillent et, comme dans mon cas, ils bâtissent un futur qui serait autrement impossible dans des pays déprimés comme l’Italie ? Mais Diamanti ne s’arrète pas là. Les étudiants apatrides, selon lui, "n’ont pas un lien social ni communautaire. Parce qu’ils ne sont ni une societé ni une communauté. Mais une humanité pleine de rélations la pluspart desfois transitoires. Beaucoup de rélations mais pas d’engagement.
Ça c’est vraiment trop, cher Diamanti. Si vous ne le savez pas, grâce au programme Erasmus - 1,5 milions d’étudiants, depuis 1987 - sont nées des amitiés solides, des amours parfumés et, souvent, comme dans mon cas, on attend de mettre au monde une nouvelle génération d'Européens. C'est grâce à l’Erasmus des milliers de personnes peuvent finalement intérnationaliser leurs existences, apprendre une langue étrangère et, contrairement à ce que vous affirmez, se sentir chez soi à l’étranger. Si sur 1,5 milions de jeunes il y a un homicide ça ne veut pas dire que l’experience plus enthousiasmante de nos jours doit être diabolisée.
Cela veut dire que, desormais, il s’agit d’une experience qui, dans le meilleur comme dans le pire, est en train de se démocratiser. Que les apôtres de la tradition des bons vieux temps arrêtent leurs théories. Le vieux continent continue de se babéliser. Tant mieux.
Commentaires
Je suis vraiment d'accord sur ce que t'as écrit. Je me suis indignée en lisant ce que Diamanti "explique" sur la "jeunesse apatride". Je suis espagnole et je suis à Berlin avec mon deuxième Erasmus (le premier je l'ai passé à Grenoble), et je pense que ce programme a fait beaucoup plus pour l'Europe que tout un tas de lois économiques ou politiques. C'est le programme Erasmus qui a aidé a créer des liens entre étudiants de tous les pays et qui a fait que l'on se sente chez soi n'importe où en Europe. Peut-être Diamanti est tout simplement jaloux du million et demi d'étudiants Erasmus qui ont pu faire ce que pour lui était impossible.
Choquantes ces prises de positions de ce polémiste de Diamianti. Cela me rappelle l'anti-intellectualisme réac des années 70, où les étudiants étaient considérés comme des oisifs, bons à rien, et inutiles à la société. Bref, des êtres qui dérangent le mode de vie des "bonnes gens".
A l'heure de la globalisation et de la société de la connaissance, je se demande si ce Diamantia bien compris le monde dans lequel il vit...
Cette réaction de Diamianti est pour moi vraiment le signe d'une société qui va mal. Taper sur les étudiants Erasmus, j'assimile cela à du racisme le plus simple, parce que derrière l'Erasmus, il y a l'étranger, celui qui est différent et qui dérange.
Décidément, cela ne fait pas honneur à l'Italie après les vagues de relents xénophobes à l'encontre des roumains.
pas du tout d'accord avec Diamanti, mais pas plus avec toi... Le problème d'Erasmus (en tout cas à Paris), et je ne parle pas de cas particuliers comme le tiens, c'est que le étudiants ont beau venir des 4 coins de l'Europe, il restent néanmoins entre eux, entre étudiants Erasmus : colloc', sorties etc. la faute vient avant tout des étudiants locaux qui, je pense, ne sont pas assez accueillants envers les étrangers, mais les Erasmus devraient aussi sortir de leur ghetto.
Très bon article :))))
> Mais une humanité pleine de relations la plupart des fois transitoires. Beaucoup de relations mais pas d’engagement. <
Ma foi, à bien des niveaux (bien au delà de la seule question des étudiants Erasmus), cette idée ne semble pas tout à fait fausse ; confrontons la à... facebook, par exemple. Beaucoup de relations mais pas d’engagement, n'est-il pas ?
Bien évidemment, ces propos ont quelque chose d'un brin réactionnaire – et trés vraissemblablement volontairement polémique. Et puis attaquer les étudiants, c'est pas bien ;-).
Il reste qu'ils sont (allons-y gaiement : "que nous sommes") parmi les premiers à expérimenter fortement ce type de rapports désengagés. Accumulons les rapports et les relations, mais ne laissons surtout pas à ces relations un impact trop important sur nos vies. Ou quand la qualité relationelle d'un individu se mesure à l'aune du nombre "d'amis 2.0".
[ NB : Je ne connais pas ce M. Diamianti, et en aucun cas ne me range à son avis ; je ne suis pas d'accord avec l'idée de l'absence de lien *communautaire*, qui au contraire me semble plus qu'évident au niveau de la population étudiante. Cf la réaction de Myasz. Quand au racisme anti-étudiant, cher Chakal, n'allons nous pas un peu loin? ]